Ô toi qui lis ces quelques vers
Connais-tu mon histoire ?
Sais-tu que tout là-bas j'aurais été sereine
Et que dans ce fief, j'y aurais été reine ?
Sais-tu que tout là-bas, les enfants me tendaient les bras
Pour que je les berce au son de ma voix ?
Sais-tu que tout là-bas, j'y avais ma revanche
Et que ma large blouse aurait dû être blanche ?
Sais-tu que ma vie bascula un jour fleuri d'avril
Où je m'aperçus qu'il se moquait de moi
Où je m'aperçus qu'après tout tient à un fil
Où je me retrouvais seule dans mon émoi
Incomprise, révoltée, le monde contre moi
Alors que là-bas ce vaurien
Devenu pharmacien
Avait tous les honneurs
Et moi tous les malheurs... ?
Je repris ma valise
Sans y glisser un mot
Tournant le dos
à ces monts prometteurs
Ma blouse devint grise
Entourée de moqueurs,
Et, comme ce chiffon,
Mon coeur se déchira
Lorsque la craie crissa
Pour la première fois
Sur sa toile de fond
... Et voici que ce soir
Devant ce tableau noir
Je pense à mon passé
Seule avec cette lame
Qui triture ma plaie...
Et que seules mes larmes
Semblent vouloir soigner. |